Qu'est-ce que le cliché ? 

Si je regarde le Larousse, il est écrit : "Lieu commun, banalité qu'on redit souvent et dans les mêmes termes ; poncif." . Je complète cette définition par la mienne : "terme employé par des aveugles sociaux qui pratiquent la politique de l'autruche". Généralement, les gens qui l'utilisent sont des bisounours qui ne veulent pas voir la réalité en face. Ils n'ont jamais connu ce que autrui a vécu, et ne veulent pas comprendre ou connaitre les expériences d'autrui. En anglais on dit qu'ils sont "narrow-minded". 

J'ai regardé un téléfilm qui m'a énervé, non pas à cause de la qualité qui était d'ailleurs bonne, mais à cause du sujet. Et encore, je doute que le terme "énervé" soit le bon adjectif. Non, en faite ce téléfilm m'a épuisé à cause de son sujet. Il s'intitule Fractures et a été diffusé en 2010 pour France Télévision. L'histoire de ce film évoque les premiers mois d'une jeune femme en tant que professeur d'histoire-géo au lycée dans une ville fictive de banlieue. Il raconte aussi comment un jeune adolescent au talent de dessinateur reconnu, va sombrer lorsqu'il apprend qu'il ne pourra plus jamais dessiner à cause d'un accident et d'une erreure médicale sur sa main droite. Et à partir de ce scénario, pratiquement tous les termes, tous les sujets qui, à mes yeux, évoquent le véritable fléau du pays sont présents. 

J'ai décidé de lister chaque phrases choc / ou chaque scènes m'ont mis hors de moi. (Je vous conseille de voir le film sinon vous risquez d'être spoiler, quoique, est-ce grave de spoiler dans ce genre de film ?).


 

- Dès la troisième minute du film, la proviseure rencontre la nouvelle enseignante et un nouveau enseignant. Elle dit précisement : "Il faut que vous sachiez que les gens ici ont une vie difficile. Beaucoup de parents d'élèves sont aux chômages. Ils ne sont pas en formes. [Ils] ont des problèmes d'argent, de santé, ils n'ont pas le moral. Et beaucoup ne parlent pas le français, enfin vous avez compris, cela va être dure mais... comment dire,... stimulant, enthousiasmant même, attachant aussi... ".

Ok, c'est son boulot de rassurer les nouveaux enseignants, mais je trouve que c'est exagéré. Je trouve que les propos visent à créer une fausse réalité. Est-ce enthousiasmant d'enseigner dans une classe avec des élèves qui vous insultent ? Je ne savais pas que l'éducation nationale formait des masochismes.


 

Vers la quatrième minute, lorsque l'enseignante rencontre ses nouveaux élèves, elle leur donne une interrogation qui selon elle "ne sera notée" => ERREURE, il ne faut jamais évaluer les élèves le premier jour de cours. Cela s'appelle faire le flic, et les jeunes de banlieue détestent la police. En plus dans le film, ils sont en retard au niveau du programme scolaire. Donc évaluer accentuerait le retard.


 

- Toujours dans la même scène, elle demande à un volontaire (que nous allons appelé élève A) pour distribuer les copies. Un des élèves prend les copies et lit le sujet avec ses amis, et ne distribue donc pas les feuilles. Voici la conversation qui s'en suit

" Qu'est-ce que tu fais ?"
- Je lis les questions.
- Pardon ?
- Je lis les questions.
- Mais je ne t'ai pas demandé de lire les questions, je t'ai demandé de distribuer les feuilles.
- Je ne peux pas distribuer des feuilles comme ça, la moitiée de la classe je crois, ne va pas pouvoir répondre à la première question. Tiens tu peux répondre à celle là toi ? (en parlant à son voisin)
- S'il te plait, ne fais pas l'imbécile.et distribue les feuilles.
- Moi je fais l'imbécile ? C'est pas gentil de dire des trucs comme mass'. Je vous respecte, vous me respectez. Après si mon attitude ne vous plait pas, vous n'avez qu'à m'apprendre. Vous êtes là pour ça non ?
- Alors je préfère te prévenir, la provocation ne va pas marcher chez moi.
- Ah ouais c'est qui qui provoque ? (dit-il en se levant et en allant vers la prof)."

A noter que l'altercation ne va pas plus loin grâce à un élève qui demande au perturbateur de se calmer. Cependant, cette scène m'exaspère énormément. L'adoscent perturbateur joue les victimes. Il a le don de demander le respect alors que lui-même ne respecte pas l'enseignante. Et le pire, c'est lorsqu'il lui demande d'apprendre les bonnes manières parce que soit-disant les enseignants sont là pour ça... BORDEL DE MERDE, c'est le boulot des parents de faire ça, pas aux enseignants qui ont déjà beaucoup à faire à apprendre des bases et des notions de cours. 


15ème minute du film,

L'adolescent avec une main blessée, assiste à une embrouille entre le père et son grand frère qui vient de sortir de prison. Alala, comment peut-on s'embrouiller devant un gosse, le traumatisme que ça peut faire. Bravo l'éducation parentale... .


 

17ème minute, les trois hommes vont voir la cousine du petit. Un froid se dégage entre l'ancien bagnard et la fille. Un moment donné elle demande au père :

"Et le boulot ça va?
- ça va.
- Tu n'aurais pas envie de faire autre chose ? (probablement il doit faire un travail manuel désagréable)
- J'ai déjà celui là c'est déjà pas mal.
- Non mais si je te demande ça c'est parce que j'ai un ami qui pourrait avoir quelques choses pour toi dans son travail. Il cherche un commercial. Comme t'étais bon... 
- C'est qui ? C'est celui qui est dans l'informatique ?
- Non non non, je ne vois plus. Celui bosse dans la fringue. C'est vraiment un bon poste qu'il te propose."

Le petit prend la parole et dit en rigolant

"T'as un nouveau fiancé toi ?
- Beuh, je t'en pose des questions, répond-t-elle en rigolant."

Et là soudain le grand frère intervient

"T'as craqué ou quoi là ?
- Quoi ?
- Mais regarde comme tu parles ! Tu passes d'un mec à un autre ! Tu nous racontes ça comme ça ! Mais t'as cru quoi, qu'on était chez les Français ou quoi ?
- Mais t'as pêté un cable là ?
- Mais quoi j'ai pêté un cable ? Regarde comment t'es sapée ? T'es sapée comme une ... 
- Comme une quoi ? (Le grand frère s'en va) Comme une pute c'est ça ? C'est quoi ça ? Toi ton fils il m'insulte mais tu ne réagis pas, demande-t-elle à son père. C'est normal !?
- Tu veux que je te dise quoi ? "

Le père commence à s'en aller. Et la fille reprend :

"Non c'est trop facile, ah oui ce salon (de coiffure), je l'ai monté toute seule, je ne t'ai jamais rien demandé. Je me suis débrouillé toute seule. Je m'en sors, je ne sais pas comment je travaille comme une malade. Vous devriez être fier au lieu de m'insulter chez moi.
- Mais ce n'est pas ça le problème .
- Ne deviens jamais comme ton père, dit-elle à son cousin. Ne me juge jamais mal. "

=> Aaaaaaaah l'intégrisme. Il faut savoir que la tenue de la fille dans cette scène était plutôt correcte. Et venir chez elle pour faire des embrouilles, c'est du déshonneur. Sans oublier le  "Mais t'as cru quoi, qu'on était chez les Français ou quoi ?". Bah oui, t'es en France... .


 

22 minutes

Déjeuner de l'enseignante avec sa famille dans un restaurant.L'une des personnes demande à la fille :

"Alors la réalité, ce n'est pas trop dure  ?
- Bah non pourquoi ?
- Ils ne savent pas que tu es juive dans ton école ?
- Excuse-moi je ne vois pas le rapport.
- Bah ils sont tous arabes dans les banlieues.
- Non ils ne sont pas tous arabes.
- Ils ne sont pas tous arabes bon d'accord. En tout cas ils sont tous antisémites.
- Mais je n'en sais rien si ils ne sont pas tous antisémites. Y'en a qui déteste Israel ça c'est sûr. "

Et la discussion dégénère. => VICTIMISATION DESIGNATION AMALGAME. Pas de commentaire sinon je vais avoir toutes les assos' dans le dos. 


 

23 minutes

L'enseignante fait cours sur la cinquième république. Soudain un élève B parle :

"Madame, pourquoi vous nous soulez avec vos questions sur la cinquième république.
- Ne dis pas que je te soule.
- On s'en fout nous de votre république. Nous on votera pas quand on sera grand.
- Ah bon et pourquoi tu ne voteras pas ?"

Une autre élève C intervient :

Mais ça ne sert à rien. Les Français s'en foutent de ce qu'on pense. En plus ils nous calculent même pas.
"Mais les Français, toi t'es française.
- Non non, je ne me sens pas du tout française.
- Mais vous êtes tous Français ici. Mais évidemment, vous êtes nées en France vous êtes Français. Et vous pouvez choisir de voter ou pas et je vous conseille vivement de le faire."

La l'élève A intervient :

"Vous avez vu comment leur boss parle de nous ?
- Qui c'est le boss ? Je ne comprends pas.
- Sarko là le petit nain. Celui qui veut nous karcheriser.
- Hey ! Vous parlez du président de la République.
- Et alors ? Il nous a insulté et vous vous le défendez. Ca veut dire que vous êtes partial, ça veut dire que vous nous insultez aussi.
- Ca veut dire qu'il faut le respecter.
- Ca veut dire qu'il faut respecter une personne qui nous a insulté. Mais c'est pas logique ce que vous dites. Ca veut dire que vous êtes de son côté alors qu'il y a une semaine vous nous parlez de déontologie.
- Déontologie, c'est bien ça, tu connais ce mot là. 
- Vous me prenez pour un con ?"

Et un élève D dit en apparté à son voisin

"Qu'est-ce qu'il a à s'énerver King Kong.?"

L'élève A s'énerve en disant :" T'as dis quoi là ?". La prof demande ce qui se passe, et l'élève A dit :

"Il m'a insulté de singe, il a dit que nous les africains on était des singes. C'est un raciste."

La prof tente d'apaiser le conflit. Et soudain, un élève E insulte l'élève D  de "enculé de blondasse, ne parle pas du tout avec moi".

Etc etc

=> VICTIMISATION et interprétation du mot King kong, analyse foireux de l'élève. Il se plaint du racisme mais lui se met en position de victime et c'est lui qui le créer. Et puis c'est quoi cette mentalité de rejet de la France. Encore le fruit d'une mauvaise éducation en oeuvre. Désigner les Français trop souvent comme ça c'est de la stigmatisation et ça c'est du racisme équivalent au "King Kong".


 

25 minutes

Ca enchaine dis donc. Le grand frère intégriste oblige son petit frère à aller prier au lieu de le laisser tranquille. Il idolâtre les "vrais musulmans" (comme il dit) qui sont en prison et dit même à son père : "Ils m'ont appris que les arabes comme toi, vous êtes des esclaves des français. Regarde toi tu travailles comme un chien et tu ramasses leur merde, et tu leur dis merci. Vous les imitez dans la façon de vivre dans la façon de parler, dans la façon de manger. Moi je ne suis pas un français je m'appelle Silima (machin je sais pas quoi) tu comprends ? Le temps de baisser son froc c'est fini. Sur le Coran de la Mecque plus jamais je baisserai mon froc. Ces putains de Français, j'en ai marre qu'ils me regardent de haut. J'ai envie de les fumer ces fils de p**es."

=> encore une fois victimisation, généralisation etc. Et en plus cette scène se passe devant le petit frère... . Et bah dis donc.


 

29 minutes

Discussion entre l'enseignante et son petit ami chez elle. Elle lui explique qu'elle ne se sent pas bien à cause de son travail de prof. Un moment donné, son mec lui parle d'un diner chez un ami à lui :

"Allez va te changer on va être en retard ?
- Où ça ?
- Me dis pas que t'as oublié ?
- Mais quoi ?
- On va diner chez Yann ce soir ?
- Oh non on va pas diner chez Yann ce soir.
- Anna, s'il te plait ?
- Appelle et dis lui que je suis malade.
- Non, je vais pas appeler pour dire que tu es malade. Allez va te changer."

=> donner des ordres à sa copine... voilà l'image des couples de nos jours au XXIe siècle.


33 minutes

Cela se passe à l'hopîtal, et une directrice va discuter avec un jeune stagiaire. Elle dit avoir reçu un coup de fils de la part d'un médecin qui se plaint que le stagiaire aurait dit à un patient, l'adolescent à la main droite cassée, et qu'il y avait une chance de s'en sortir, ce qui était faux. Et en plus ce stagiaire aurait poser un platre trop fort sur le petit ce qui a crée des lésions. Voilà son excuse :

" Non mais madame, vous savez très bien comment cela se passe ici. Les urgences étaient complètement saturées. Moi ça faisait depuis 36 heures que j'étais dans le service. J'ai posé un platre, j'ai soigné des fractures, j'ai signé un avis de décès. Alors oui oui, quand le petit est arrivé j'étais complètement au radar. J'aurais jamais du poser ce platre. Et certainement que je l'ai trop serré. Voilà. Maintenant ce que je ne comprends pas c'est qu'on a attendu 48heures pour amener un enfant qui avait le bout des doigts violets et qui tordait de douleur."

=> Bah écoute si ça fait trop pour toi, arrête tes études de médecines et ne vient pas chier le monde. En plus la fin magnifique, il veut se déculper en accusant les autres. Mauvaise foie.


46 minutes

Cours sur mai 68, l'élève A se lève, traverse toute la classe pour chercher une gomme, mais en profite pour taper la tête de l'élève D qui lui avait insulté de King kong avant cette scène. La prof lui demande pourquoi il a fait ça et l'élève A nie complétement l'affaire.

C'est pour une insulte à deux balle on en fait toute une histoire. Pathétique.


 

54 minutes

La prof fait cours et un moment donné et une élève lamba demande la religion de la prof. Déjà mal polie ça se demande pas. Et ensuite la prof pour cacher sa religion juive ment en disant qu'elle n'a pas religion. Une autre élève dit "ça n'existe pas ça Madame. Tout le monde a une religion et on ne peut pas vivre sans religion". Discussion blabla, une autre qui sort "Dieu existe sinon personne sera là pour nous aider".

Puis les élèves se plaignent qu'ils ont passés trop de temps sur le chapitre consacré à la shoah, en disant qu'un prof normal n'aurait pas passé autant de temps.

=> L'obscurantisme religieux... pfff. Et puis le pire, c'est de se plaindre du programme. Ils peuvent travailler, étudier, passer à l'ENA ou science-po et avec un peu de chance nommer ministre de l'éducation et hop ils peuvent changer le programme. Mais bon, quand on ne sait pas réfléchir hin.


59 minutes

L'élève A s'est battu contre l'élève à la main droite cassé. Un prof intervient pour le maitriser, l'élève A le frappe. Il est exclu. Réunion des enseignants. Tout le monde est d'accord pour l'exclure de l'établissement, sauf une... en disant ouais c'est la solution de facilité etc.

=> Pfffff y'a une loi et c'est pas fait pour les chiens. Ce genre de comportement en plus des histoires qu'il y a eu avant c'est passible de sanction et même d'exclusion.

L'argument qu'elle sort : "mais ça va ce n'est qu'un gamin. C'est un môme." Ooooooh pauve petit bout'chou... .

Puis elle en rajoute en disant "l'exclusion c'est en dernier ressort". Heureusement qu'il y en a un qui dit "et ça commence quand le dernier ressort, l'homicide volontaire ?".

=> mais voilà pourquoi l'éducation nationale va mal à cause de prof comme ça qui veulent minimiser les actes des voyous !


 

 

Voilà je pourrais continuer à énumérer mais, ça sert à rien. Voilà comment un téléfilm aborde tous les maux de notre société. Victimisation, le communautarisme, la mauvaise éducation (parentale) et aussi la mauvaise responsabilité des enseignants, les gens qui ne savent pas avouer leur erreur et qui rejette la faute sur les autres. 

Et ce qui est énervant ce sont les gens qui disent que le film est cliché... et alors !!! C'est cliché mais c'est la réalité. J'ai grandit dans un milieu quasi-similaire et personne ne s'en soucie de ce problème de banlieue que personne n'ose résoudre de peur de "sensibiliser" des gens. Pourquoi fermer les yeux sur des choses réelles, sur des choses qui se passent réellement ? Je ne comprends pas ces gens là. Je comprends plus la situation des voyous et des délinquants, mais ceux là, non. Regardez ce film et dites moi qu'est-ce qui ne peut pas se produire dans la vie réelle dans ce film. Qu'est-ce qui est purement de la fiction ? Toutes les scènes sont le quotidien de notre population et pleins de gens ferment les yeux depeur d'attiser la haine. Mais en fermant les yeux, on risque de créer une autre haine et ils seront surpris et malheureusement ça sera trop tard.

En tout cas je remercie les réalisateurs, et aussi l'écrivain qui a écrit le bouquin auquel est adapté en téléfilm. Tellement vrai, tellement réaliste. J'ai montré à mon meilleur ami une scène du film sur skype en message différé, je suis prêt à parier que ce soir quand il va se connecter, il ne va pas regarder la vidéo, sous peine de fermer les yeux et ne pas voir la réalité en face.

Voilà pour être heureux faut s'en foutre de tout ça, faut être ignare. Mais ce problème, je le prédis, va s'accentuer. Au passage le livre dont est extrait le film, a été écrit avant les émeute de 2005... .

 

 

 Modification suite aux attentats de Charlie Hebdo : 

J'ai décidé de rendre publique cette article que j'ai rédigé y'a un an. Je suis Charlie, mais je suis également Cassandre des Troyennes d'Euripides, je vois des choses, mais personne ne veut me croire. Bref, hormis ma vanité, je souhaite que cette article ne soit pas censuré. Je ne veux pas attiré la haine dans ce pays, mais je veux éviter que des attentats se produisent de nouveau.